Iran, une jeunesse en crise: un cocktail explosif ?

Certes, la crise des otages de 1979 a grandement influencé la vision occidentale de l’Iran post-révolutionnaire qu’on associe majoritairement aux fondamentalistes religieux. Depuis 1979, les gouvernements ont cherché à contrôler la vie quotidienne de 70 millions d’iraniens au détriment de l’instauration de politiques sociales et économiques correspondant aux besoins urgents de la population. Effectivement, les gouvernements ont réalisé plusieurs erreurs économiques importantes menant aujourd’hui à une inflation de plus de 25%[1]! Depuis la fin des années 90, la République islamique d’Iran est la cible d’importantes remises en questions, devenues, avec le temps, un obstacle indéniable au régime des mollahs. Mécontents, les jeunes iraniens et iraniennes ont mobilisé un mouvement d’opposition populaire contre le régime particulièrement dans les campus universitaires et les rues des grandes villes iraniennes[2]. Ces contestations se sont effectuées sous forme de grandes manifestations, recourant massivement à internet afin de propager les nouvelles idées à l’échelle internationale. La lutte de cette génération en crise est d’abord celle de l’égalité hommes-femmes, de la liberté d’expression, de la démocratie et de l’amélioration des conditions de vie pour la totalité des Iraniens et des Iraniennes.

 

Que réclament les réformateurs ?

60 % des 70 millions d’Iraniens ont moins de 30 ans. Évidemment, la représentation importante des jeunes au sein de la société inquiète sérieusement les gouvernements qui imposent au quotidien les structures strictes du régime des mollahs. Or, ces politiques théocratiques ne plaisent pas du tout à la jeunesse. Plusieurs facteurs en sont la cause : tout d’abord, les jeunes n’ont pas vécu sous le régime du Shah lors de la période prérévolutionnaire. Deuxièmement, ils n’ont jamais combattu directement lors de la guerre Iran-Irak. En troisième lieu, ils ont toujours vécu dans un régime théocratique qui ne correspond pas à leur désir de liberté. Finalement, ils sont victime d’un taux de chômage important qui découle d’un taux de croissance anémique ainsi que d’une urbanisation rapide suite à la révolution. Effectivement, 3 millions d’iraniens sont au chômage et 7 iraniens sur 10 vivent dans les villes. En conséquence, une fois gradués, une bonne part des jeunes iraniens se retrouvent sans emplois. Il y a donc un détachement progressif de la part des jeunes Iraniens à l’égard de la période révolutionnaire et de la République islamique actuelle qui s’éloigne plus que jamais des libertés individuelles revendiquées par la jeune population. Entre 1997 et 2005, le président Muhammad Khatami a légitimé des politiques minimalement plus libérales, permettant un relâchement discret des lois islamiques. Toutefois, selon la vision des jeunes, « cette démocratie islamique » est un échec de l’Iran en tant que société libre. Sans compter que les élections d’Ahmadinejad ont sévèrement réinstauré des politiques islamiques strictes, multipliant les désirs de cette jeunesse en crise d’identité et de repères économiques et sociaux[3].

Bien éduqués, très politisés et épris de changement, les jeunes Iraniens et Iraniennes repoussent fermement la domination religieuse des institutions politiques du pays. L’objectif principal de cette nouvelle génération bruyante est l’instauration d’un système politique laïc, démocratique et transparent ou, autrement dit, la disparition du régime théocratique actuel[4]. Ils veulent voir l’Islam confiné à leur vie privé et éliminé de l’espace public[5]. Arrestations, coups de fouets et emprisonnements font partie intégrante du quotidien des masses universitaires, étudiantes contestataires ayant la soif de liberté[6]. Plusieurs fois menacés par les milices religieuses et la police, les jeunes iraniens et iraniennes n’ont pourtant jamais cessé de combattre le régime des mollahs tout en faisant la promotion de valeurs démocratiques. À ce titre, la reprise du clip « Happy » de Pharrel Williams par de jeunes iraniens est un exemple parmi de nombreux autres de cette tendance.

 

L’Iran : reine de la controverse?

Pour cette génération en crise, les manifestations publiques ne constituent pas le seul moyen d’afficher son mécontentement. Il existe plusieurs autres façons de se rebeller: soirées festives où l’on sert de l’alcool, vernis sur les ongles, séduction dans les espaces publics, etc… Les jeunes issus de l’élite, Rolex au poignet, conduisent des Maserati et prennent un bain de soleil le long des piscines. Comme le dévoilent les publications du compte Instagram : « Rich kids of Tehran », certains jeunes iraniens se livrent à la consommation d’alcool pourtant interdite dans la République islamique. Certes, il ne s’agit que d’une infime partie de la population qui ait accès à tout ce luxe, mais, ce mode de vie représente une rébellion politique et sociale. Les photos les plus intéressantes sont toutefois celles de femmes qui violent directement le code vestimentaire qui ordonne le port du hijab féminin. Les fêtes privées et la consommation d’alcool font partie de la vie des jeunes, mais ces activités sont définitivement sous-terraines et ne sont jamais diffusées librement sur Internet. Effectivement, avant sa fermeture, le compte Instagram : « Rich kids of Tehran », avait bloqué l’accès aux utilisateurs de l’intérieur du pays. Cependant, des milliers d’utilisateurs y ont eu accès via proxies. L’objectif principal des détenteurs du blog était de promouvoir la beauté de Téhéran, des gens qui y habitent et une image positive du pays[7]. « Rich kids of Tehran » a évidemment eu l’attention des médias mondiaux avec succès !

 

Les Iraniennes, des femmes à la hauteur d’Internet et des modes occidentales

Les femmes iraniennes bâillonnées par le régime théocratique iranien font pourtant une contribution importante aux progrès du pays. À ce titre, 74 % des femmes sont scolarisées et 35% d’entre-elles effectuent des études universitaires. Très coquettes, les iraniennes ne s’apparentent aucunement au cliché d’une femme cachée sous le tchador et tentent d’améliorer leur statut aux yeux de la loi.

« My stealthy freedom » – « Liberté furtive pour les femmes iraniennes »                                                

« Liberté furtive pour les femmes iraniennes »; tel est le titre d’une page Facebook qui défie le régime islamique. Les cheveux à découvert, une femme se tient devant un panneau où il est inscrit « Mes sœurs, respectez le port du hijab », ou encore, une femme, les cheveux détachés, brandit fièrement son voile au-dessus de sa tête. Depuis 1979, le port du hijab est obligatoire et l’omniprésence d’une unité spéciale de police assure le respect quasi-effectif de la loi : théoriquement, aucune mèche de cheveux ne peut être vue publiquement. Pourtant, avec ses 64 000 « likes », cette page Facebook publie régulièrement des photos de femmes aux cheveux à découvert, soigneusement vêtues et maquillées. L’enjeu de l’espace virtuel devient clairement politique en confrontant directement le régime des mollahs. Refusant un système de soumission, ces femmes critiquent à leur façon, le régime théocratique[8].

Assurément, ceux qui désirent voir tomber le régime iranien actuel se réjouissent de la contestation de cette nouvelle génération et souhaitent que celle-ci y mette définitivement fin. Malgré tout, la religion demeure encore importante pour la plupart des jeunes iraniens et peu se considèrent athées. La jeunesse a un sentiment de nationalisme important et même si celle-ci méprise ses leaders, elle n’hésitera pas à s’allier à eux en cas de guerre[9].

Par Camilla Thiffault
Étudiante au Collège Jean-de-Brébeuf

 

[1] « Children of the revolution », [en ligne], (2009), http://www.economist.com/node/13088969 (page consultée le 28 février 2014)

[2] Stéphane BORDELEAU, « Une nation en ébullition », [en ligne], (2005) http://ici.radio-canada.ca/nouvelles/dossiers/iran/nation.shtml (page consultée le 27 décembre 2014).

[3] Op. cit, « Children of the revolution »

[4] Stéphane BORDELEAU, Op. cit

[5] Op. cit, « Children of the revolution »

[6] Stéphane BORDELEAU, Op. cit

[7] « ‘Rich Kids of Tehran’ on Instagram shows Iran’s elite living high life », [en ligne], (2014), http://www.haaretz.com/news/middle-east/1.620027 (page consultée le 28 février)

[8]Asmaa MAAD, « Des iraniennes enlèvent leur voile sur Facebook », [enligne], (2014) http://madame.lefigaro.fr/societe/iraniennes-enlevent-leur-voile-sur-facebook-090514-853498 (page consultée le 27 décembre 2014).

[9] Op. cit, « Children of the revolution »

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *