Brésil : le cauchemar économique, social et politique

Engluée dans une crise politique, sociale et économique, la première puissance du continent sud-américain est à l’arrêt complet.

Si la nouvelle administration Rousseff (2014-18) affiche clairement la volonté de corriger la situation économique décevante du pays; l’augmentation répétitive des taux d’intérêt, des taxes sur les marchandises, des services (+30% sur les tarifs d’électricité en 2015), des carburants et des produits à l’importation accentue la crise économique tout en attisant la grogne sociale. Au plus bas dans les sondages avec un taux d’approbation d’à peine 10%, Rousseff se heurte à une crise politique au sein de sa propre majorité. Alors qu’à la base les députés refusaient d’adopter un programme d’austérité pour lequel ils n’avaient pas fait campagne, cette contestation s’est transformée en véritable fronde depuis la pluie de révélations pour corruption et malversations entourant la compagnie pétrolière d’État : Pétrobras. Devant ce fracas politico-financier impliquant au moins 3 ministres, 3 gouverneurs et 35 parlementaires dont le Président de la chambre basse, l’administration Rousseff a perdu la confiance de sa propre coalition parlementaire, qui ne soutient plus automatiquement ses réformes fiscales et budgétaires. Ce faisant, le verrouillage des institutions politiques accroît la crise économique; le pays connaissant sa pire récession depuis 1930. Pire que cela, le scandale Petrobras pourrait directement éclabousser la Présidente Rousseff qui fut à la tête du CA de la société de 2003 à 2010. Dans ce cas extrême, une procédure de destitution pourrait être envisagée par le parlement, comme en 1992.

Toutefois le spectre de l’impeachment demeure plus éloigné que celui de la paralysie politique à court terme. Si Petrobras ne devrait pas représenter un enjeu à long terme, le mode de scrutin proportionnel, la fragmentation politique (28 partis en chambre) et le système présidentiel fédéral limitent davantage les capacités de réformes structurelles dans un contexte de faible soutien populaire.

La Chine et le pétrole : responsables de la crise économique

Si ce n’était de la crise économique et de l’imposition d’un vaste programme d’austérité, il n’y aurait pas de crise sociale et politique. La population ne serait pas aussi polarisée, même avec le scandale Petrobras. Pourtant, personne à Brasilia ne s’attendait à une telle crise. Rousseff avait même fait campagne l’automne dernier sur l’embellie économique tout en garantissant qu’il n’était pas question de mettre en place des politiques d’austérité comme c’était le cas dans les pays développés. Le Brésil était protégé.

Entre temps, deux mauvaises nouvelles sont venues considérablement changer la donne pour le Brésil et plomber ses prévisions macroéconomiques : le pétrole et la Chine.

Premièrement, l’annonce en octobre dernier par l’Arabie Saoudite de maintenir les quotas de production élevés de l’OPEP malgré un recul de la demande mondiale. Souhaitant conserver ses parts de marchés face à la levée éventuelle des sanctions contre l’Iran et ambitionnant de ralentir l’expansion du pétrole de schiste aux États-Unis qui participe à inonder le marché, le Brésil est touché de plein fouet. L’entreprise nationale Petrobras avait fait lever plusieurs dizaines de milliards de dollars pour exploiter un immense gisement en eau profonde qui devait permettre de doubler la production nationale (la 13e mondiale). La chute des prix du baril de pétrole de 110$ à 40$ affecte gravement la rentabilité.

Enfin, il y a la Chine, premier partenaire commercial du Brésil, absorbant 20% des exportations de ce dernier en fournissant essentiellement de l’huile de soya, du minerai de fer, du cuivre, de l’acier et du fer. À elle seule, la Chine est responsable de la moitié de la consommation mondiale de ces commodités. Ainsi, lorsque la demande chinoise est forte, les prix des commodités sont élevés et l’économie brésilienne ne s’en porte que mieux. Mais depuis le début de l’année 2015, la croissance chinoise tourne au ralenti, la consommation interne stagne, l’investissement infrastructurel ralentit comme le domaine de la construction. Dans ce contexte, Pékin est forcée de revoir ses commandes à la baisse, faisant dégringoler les prix des commodités et dévisser l’économie brésilienne.

 

Des mauvaises nouvelles qui se succèdent les unes aux autres

Malgré l’annonce, en mai dernier, d’un investissement de 50 mds $US par la Chine pour le financement d’améliorations des infrastructures brésiliennes, les exportations du pays sont en net recul depuis l’an dernier (- 11%), plombant la balance commerciale, négative pour la première fois depuis 2001. L’austérité actuelle et la dévaluation du réal ne parviennent pas à changer la situation qui ne cesse de se détériorer. Les prévisions macro-économiques sont modifiées toutes les semaines en fonction de l’accumulation des mauvaises nouvelles. À titre d’exemple, en juillet dernier les experts prévoyaient encore une croissance de 1,2% pour 2016, elle devrait finalement se contracter pour une deuxième année consécutive selon la Banque centrale. Autres chiffres, autres exemples, la dépréciation du réal brésilien. Alors qu’en juin, on tablait sur 1$US à 3BRL, on atteignait aujourd’hui le seuil de 3,55BRL, soit le niveau prévu pour 2019. Cette rapide dégradation touche également les comptes publics, notamment le déficit budgétaire. Estimé à 6% en avril dernier, il est déjà à 8,2% aujourd’hui et pourrait continuer de gonfler d’ici décembre prochain. Les investissements directs étrangers entrants, quant à eux, sont aussi en net recul depuis 2011 (-8%), et les faillites d’entreprise en hausse de 45% (tout en restant 20 fois inférieures au niveau des années 90).

 

Alors que le Brésil était considéré comme un modèle de développement économique, on s’aperçoit aujourd’hui que cette référence était biaisée par des résultats économiques trop externalisés et dépendants de la Chine. La crise actuelle n’est que le retour du bâton d’une politique trop ambitieuse qui masquait les problèmes structurels de l’économie brésilienne. Si le pays a de nombreux atouts pour se relever, il fait face à de nombreux et vastes défis internes, comme la productivité, le coût ou la formation de la main-d’œuvre. Le Brésil doit créer les bases de la croissance dans son propre marché. Pour cette raison, la croissance exceptionnelle des 10 dernières années n’avait rien de normal. La situation actuelle reflète beaucoup plus fidèlement la réalité économique du pays.

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