Israël-Palestine: où en était la « solution à deux États » avant l’arrivée de Trump?

2017-8: les États-Unis ont maintenant un nouveau président controversé et se retrouvent au centre de l’attention médiatique. Qu’en est-il des conséquences sur le conflit israélo-palestinien ?

Le mois de décembre 2017 a été un tournant historique dans ce conflit : pour la première fois depuis les dernières 35 années, les États-Unis, sous la présidence d’Obama, ne réitèrent pas de façon inconditionnelle leur appui à Israël. Qu’en pensent les différents acteurs de la politique mondiale ? La solution à deux États est-elle encore voulue et réclamée par tous ? Comment est-ce que l’arrivée d’un président tel que Trump influencera le dénouement de ce conflit ?

D’où vient cette solution à deux États ? Depuis une centaine d’années, le territoire Israélo-palestinien est le foyer de plusieurs conflits entre Juifs et Arabes du Proche-Orient. Ce conflit est causé, en partie, par l’augmentation de sentiments nationalistes chez les deux groupes. Les Arabes se considèrent avant tout Palestiniens alors que la population juive qui connaît une augmentation du nombre d’adhérents au sionisme Dans ses principes fondateurs l’État israélien ne devait pas être religieux, c’est l’arrivée massive des Sionistes colonisateurs qui détournera le sens de l’État.  Le mouvement sioniste vise donc la création d’un État juif indépendant sur l’entièreté du territoire de la Palestine, leur patrie historique au Moyen-Orient, soit Israël, la Cisjordanie et Gaza. Pour certains juifs, groupe ethno religieux, ayant connu la persécution à plusieurs reprises au cours de l’histoire, Israël représente la terre promise par Dieu. Ceci a été renforcé par la déclaration Balfour de 1917, dans laquelle le Royaume-Uni «envisage favorablement l’établissement en Palestine d’un foyer national pour le peuple juif»[2].  Les Palestiniens arabes, natifs de la région, réclament ce territoire comme étant le leur, étant donné leur présence majoritaire depuis la chute de l’Empire Ottoman lors de la Première Guerre Mondiale.

Présentement, ce territoire conflictuel est divisé en 3 zones, soit A, B et C. Toutes les zones sont sous l’emprise militaire du gouvernement israélien. Les différences entre les zones sont observables au niveau de l’administration: la zone C est administrée par Israël, la zone B, par l’Autorité palestinienne (AP) et Israël conjointement et la zone A, par l’AP majoritairement[3]. 83,5 % des palestiniens vivent en zone A et B[4].

Zones de Cisjordanie créées par les accords Oslo II de 1995 ainsi que le mur israélien en date de février 2005.
Source: https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Oslo_Areas_and_barrier_projection_2005.png

La solution à deux États a pour but de régler les conflits perpétuels entre les populations du territoire. Israël ne peut être démocratique et juif, tout en contrôlant le territoire au complet, sans qu’il y ait risque de guerres civiles entre les deux groupes. L’étiquette d’État démocratique d’Israël rend inévitables les tensions entre les groupes religieux et ethniques. Donc, la solution consiste à créer deux États distincts, soit un Palestinien et un Israélien. Jérusalem serait la capitale de ces deux États à la fois.[5] Les frontières seraient tracées à partir de la carte de la résolution de l’ONU de 1967 avec quelques échanges territoriaux équitables et reconnus par les deux parties. Le principe de cette solution date de 1947, soit la résolution 181, visant la création de deux États par le biais du Plan de Partage[6]. Cette solution est une alternative à un État binational où les deux communautés vivraient ensemble dans le même État laïc et démocratique. Cette dernière idée demeure moins répandue et moins acceptée.

Évolution de la divsion territoriale en Israel-Palestine
Hannah Banks, 21 janvier 2017, https://history.libraries.wsu.edu/spring2017/2017/01/21/the-ongoing-israelpalestine-conflict/

Dans le but de la solution à 2 États, une grande avancée a eu lieu le 23 décembre 2016. La résolution impliquant la cessation et la condamnation de la colonisation israélienne dans les territoires palestiniens occupés ainsi qu’à Jérusalem-Est a été adoptée. Cette résolution considère que la construction de colonie(s) est un obstacle à la paix. C’est la première fois depuis 1979 que les États-Unis n’appliquent pas leur droit de veto sur le vote de la résolution, ils se sont plutôt abstenus de voter. Historiquement, les États-Unis ont toujours été très loyaux envers Israël et cette décision a brusqué le premier ministre d’Israël, Benjamin Nétanyahou.

La majorité de la communauté internationale évalue cette solution comme obligatoire pour la paix au Proche Orient, mais certaines opinions divergent. Plusieurs pays, tels que la Russie, ont même tenté des démarches de négociations entre les principaux acteurs du conflit, mais aucune solution n’a encore réellement fonctionné.

Avant de quitter son poste de Secrétaire d’État américain, John Kerry a affirmé que cette solution est «la seule voie possible pour obtenir une paix juste et durable entre Israéliens et Palestiniens»[7]. La nouvelle administration américaine démontre une vision différente sans toutefois être très claire sur le sujet. Lors d’une visite officielle du premier ministre Israélien à Washington, le président Trump a annoncé la position de son administration face à la solution à deux États. Contrairement à Obama, qui supportait la solution, Trump prend une position plutôt neutre. «Je regarde (la solution à) deux États et (la solution à) un État», déclare-t-il. «Si Israël et les Palestiniens sont contents, je suis content avec (la solution) qu’ils préfèrent. Les deux me vont»[8] Toutefois, Trump semble vouloir condamner le développement des colonies juives[9].

Mr. Nétanyahou ne soutient pas la solution à deux États ni celle de l’État binational laïc. Selon lui, le territoire peut être habité par les deux communautés, mais cela sous-entend que les palestiniens seraient vus comme des «citoyens de seconde classe» et non souverains. L’Autorité palestinienne, représentée par le président Mahmoud Abbas, soutient la solution à deux États et fut soulagée de l’absence de veto  des États-Unis. L’AP souhaite obtenir, entre autres, un arrêt de la colonisation massive, la libération des prisonniers politiques et la reconnaissance d’un État palestinien sur le territoire conflictuel. De plus, les Palestiniens arabes sont entièrement contre l’idée qu’Israël soit un État juif.

Bref, la nouvelle administration américaine amène soulagement chez les Juifs et inquiétude chez les Palestiniens.  Les négociations étant difficiles entre les deux parties, car ils ont des revendications territoriales et administratives différentes  spécifiques à leur groupe ethno religieux. La position changeante de l’administration Trump marque l’avenir de la solution à deux États d’un grand niveau d’incertitude.

Anna Staub et Chloë Maas
Étudiantes au baccalauréat international au Collège Jean-de-Brébeuf

 

[1] [s.a.], « Sionisme », dans Dictionnaire Larousse, consulté en ligne le 26 février 2017, http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/sionisme/72908

[2] Olivier Compagnon, « BALFOUR Déclaration (1917) », Encyclopédie Universalis [en ligne], consulté le 26 février 2017 sur http://www.universalis.fr/encyclopedie/declaration-balfour/

[3] David D. Cohen, « Rencontre Trump-Netanyahou: un État, deux États ou un État autonome », Le Huffington Post Quebec, 2017, consulté le 25 février 2017, http://quebec.huffingtonpost.ca

[4][s.a.], « Les différentes zones dans les Territoires Palestiniens occupés », 2012, consulté en ligne le 24 février 2017, http://www.plateforme-palestine.org/Les-differentes-zones-dans-les,3533

[5] Dave Clerk, « Kerry défend la solution à deux États pour Israël et la Palestine », Le Devoir, 2016, consulté en ligne le 24 février 2017, http://www.ledevoir.com

[6] Organisation des Nations Unies, « Le plan de partage et la fin du mandat britannique », consulté en ligne le 25 février 2017, http://www.un.org/french/Depts/palestine/history2.shtml

[7] Étienne Jacob, « La solution à deux États, “seule voie possible” vers la paix au Proche-Orient, selon Kerry », Le Figaro, 2016, consulté le 27 février 2017, http://www.lefigaro.fr/international

[8] [s.a.], « Israël: pour Trump, ‘la solution à deux États’ n’est pas la seule possible », consulté en ligne le 27 février 2017, http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2017/02/15/97001-20170215FILWWW00320-conflit-israelo-palestinien-pour-trump-la-solution-a-deux-etats-n-est-pas-la-seule-possible.php

[9] Richard Hétu, « Trump, les colonies et la solution à deux États », La Presse, 2017, consulté en ligne le 26 février, http://blogues.lapresse.ca

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