Le climat et nous : Est-ce que les négociations climatiques internationales nous permettront d’éviter l’inévitable?

Par Annie Chaloux, Ph.D.
Professeure à l’Université de Sherbrooke
Co-directrice du GÉRIQ

Dans cet article, Monde68 s’écarte partiellement de son mandat de vulgarisation scientifique pour fournir un texte à teneur plus éditoriale.

Le climat se réchauffe et l’activité humaine en est principalement responsable. Si le plus récent rapport du GIEC, paru en octobre 2018 n’a pas suffi à fouetter les troupes, du moins au Québec, l’hiver que nous venons de passer a pu peut-être illustrer un peu mieux ce à quoi nous devrons nous attendre pour les prochaines décennies. Les phénomènes climatiques extrêmes risquent de s’accroître au Québec, mais aussi partout dans le monde, avec une intensité variable en fonction des capacités de résilience ou de la vulnérabilité des régions et des populations.

Pendant ce temps, les États négocient. Ils négocient pour mettre en œuvre l’Accord de Paris, un accord sur les changements climatiques sensé nous approcher de l’objectif ultime de stabiliser le climat « à un niveau qui empêche toute perturbation anthropique dangereuse du système climatique » (CCNUCC, 1992, art. 2). Et ce niveau a été fixé, lors de l’adoption de l’Accord de Paris, à contenir « l’élévation de la température moyenne de la planète nettement en dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels et en poursuivant l’action menée pour limiter l’élévation des températures à 1,5 °C par rapport aux niveaux préindustriels » (Accord de Paris, 2015, art. 2.1a)).

Or, il n’y a presque pas une journée qui passe sans qu’on nous rappelle l’urgence d’agir et surtout, le fait que la fenêtre d’opportunité nous permettant encore d’atteindre ces objectifs se rétrécit à vue d’œil. Le GIEC mentionnait, dans son rapport, que les émissions de CO2 devaient être réduites de 45% d’ici 2030 par rapport aux niveaux de 2010, et soulignait la nécessité d’arriver à la carboneutralité d’ici 2050 si l’on souhaite atteindre ces objectifs. C’est donc dire que beaucoup reste à faire. Les États doivent s’engager à limiter davantage leurs émissions de GES. Ils doivent investir davantage dans les pays en développement pour réduire les émissions, mais aussi pour s’adapter aux changements climatiques.

Les négociations climatiques internationales, souvent connues sous l’acronyme de COP (Conference of Parties), servent ainsi de forum de négociation pour en arriver à faire plus, à faire mieux, et à travailler ensemble. Chaque année donc (et même plusieurs fois par année si on inclut les rencontres en intersession), les délégués de tous les pays convergent vers la Conférence des Parties. Des entreprises, des chercheurs, des ONG, des syndicats et autres acteurs de la société civile s’y joignent également. Pendant deux semaines, le « monde-climat » s’allume, discute, échange, négocie, partage des meilleures pratiques. Ce sont de véritables occasions de mise à l’agenda, où l’on peut applaudir ou dénoncer des engagements ou actions à l’égard des changements climatiques. Pendant ce temps, derrière très souvent des portes closes, des négociateurs tentent de défendre et promouvoir leurs intérêts, de répondre à leurs citoyens, à accroître ou diminuer les attentes… Mais qu’est-ce que ça change, vraiment?

Certains cyniques vont dire que ces Conférences ne font que confirmer la lenteur des États à véritablement s’engager dans la lutte contre les changements climatiques. Que pendant qu’ils discutent et négocient, ils ne sont pas en train de faire des actions concrètes. D’autres vont dire que peu importe ce qui se négocie, les États sont ensuite libres de retourner chez eux sans changer d’un iota leurs actions quotidiennes. Si ces visions peuvent avoir leur part de vérité, elles demeurent fortement réductrices. Les COP, certes, nous ont montré une certaine forme de lenteur. Devant l’urgence d’agir, elles semblent parfois s’attarder sur des mots-clefs, des virgules et débattre de principes alors que la planète se réchauffe. Mais ces COP permettent aussi de créer des normes communes, de sensibiliser les décideurs et les négociateurs. Elles forcent les États à rendre des comptes. Elles permettent aux populations et aux différents groupes de la société civile d’exercer de la pression sur leur État et de maintenir un momentum sur la question. Et aussi, elles créent des occasions de collaborations et de création de partenariat, qui renforcent la lutte contre les changements climatiques dans des secteurs précis.

Toutefois, ces négociations ne sont qu’une partie du casse-tête dans la lutte contre les changements climatiques. Elles ne permettront que de faciliter la transition, au mieux. Ce sont à tous les acteurs, à tous les niveaux de la gouverne d’intervenir et d’accepter le changement de cap pour amorcer la transition vers une société post-carbone. C’est d’ailleurs cela qui a été demandé le 15 mars dernier lorsque, partout sur la planète, une génération s’est levée pour demander de faire plus pour éviter l’inévitable. Lutter contre les changements climatiques nécessite donc de travailler à tous les niveaux, sur toutes les tribunes, avec tous les acteurs si l’on souhaite que notre planète soit plus verte, plus juste, plus en santé, pour les générations actuelles et celles à venir.


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