Reporters sans frontières: « L’information est précieuse, protégeons-la »

Fondée à Montpelier (France) en 1985, Reporters sans frontière (RSF) est une organisation non gouvernementale dont l’objectif est de préserver la liberté de presse mondiale, et de surcroît, de venir en aide aux journalistes aux quatre coins du globe[1]. Inspirée par la célèbre ONG Médecins Sans Frontière (1971), cette organisation fut lauréate de nombreux prix parmi lesquels figure le mémorable « Prix Sakharov », attribué annuellement par le Parlement Européen aux instances ou individus s’étant consacrés à la lutte pour la défense des libertés fondamentales de l’Humain[2]. En effet, de par son combat contre l’emprisonnement infondé de reporters et dissidents politiques, RSF a rejoint la panoplie d’organisations militant pour la protection des Droits et Libertés  universels ;  ainsi à titre d’exemple, Reporters sans frontières permettait, en 2008, la libération du journaliste soudanais Sami al-Haj, alors emprisonné à Guantánamo, malgré l’absence de justificatifs valides de la part du gouvernement américain[3]. Présentement basée à Paris, celle-ci se démarque particulièrement par son omniprésence dans le monde, disposant de neuf divisions en Europe, ainsi que de centaines de correspondants dans chaque continent.

Si l’ONG lutte contre la persécution de journalistes en dévoilant ouvertement les injustices subies par le personnel médiatique de certains pays, elle tente aussi de promouvoir la liberté d’expression en analysant le degré d’autonomie accordé aux médias de chaque pays. Ainsi depuis 2002, un rapport détaillé (accessible sur le site RSF.org) est annuellement émis, dans lequel on retrouve un classement mondial de la liberté de presse, dont le score varie entre 0 (liberté totale) et 100 (liberté inexistante) : en 2016, la Finlande arrivait en première place avec un score de 8.59, alors que l’Érythrée se voyait clore la liste, avec une note alarmante de 83.92[4]. Par ailleurs, la continuelle évolution de l’Organisation est une caractéristique non-négligeable de sa mission : avec l’essor de l’internet par exemple, RSF a entrepris d’évaluer le libre accès à ce réseau, émettant dorénavant des avis à l’encontre de pays tels que la Turquie (qui selon l’organisme « surveille » la toile) ou encore l’Iran (qui pratiquerait une « censure » dans le domaine)[5].

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Le processus d’action de Reporters sans frontières étant relativement simple, de par le recensement continuel d’actes discriminatoires portés à l’endroit d’un journal ou journaliste, l’organisme cherche aussi à protéger les individus dans le cadre de sa mission de protection des sources. Ainsi, lorsqu’une entrave aux principes fondamentaux du respect des Droits humains et de la liberté de presse est relevée, RSF dispose de sa notoriété internationale pour faire pression sur les gouvernements fautifs ou encore, afin de permettre aux victimes de préjudices d’entamer les démarches judiciaires nécessaires auprès des instances compétentes. C’est d’ailleurs dans ce contexte d’assistance à autrui, que l’ONG décerne des bourses aux acteurs médiatiques ayant participé à la cause de la liberté de presse internationale[6].

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Mais le large éventail d’actions de Reporters sans frontières n’est possible que grâce à son organe financier très efficace : d’une part celle-ci dispose d’une assistance du gouvernement français, estimée à quelque 9% de son revenu. De l’autre, une panoplie d’entreprises privées et de particuliers contribuent aussi à son financement (à la hauteur de 33%). Enfin, grâce à la vente de calendriers, de livres, et à  la cotisation de ses membres, l’ONG dit retirer plus de la moitié de son revenu (58% en 2006) de cet autofinancement, ce qui, en théorie, lui assure son indépendance[7]. Pourtant, elle est  virulemment[8] critiquée par certains quant à la part de donations reçues depuis le Département d’État Américain ; si les détracteurs de RSF tentent de dresser un lien entre les critiques émises à l’encontre de régimes anti-américains, tels que le Venezuela ou Cuba[9], et le dit gouvernement, le parti pris de l’ONG demeure improbable, sachant que celle-ci a aussi œuvrée à l’encontre d’actions et intérêts étasuniens (comme l’illustre l’affaire Snowden ou encore la dénonciation des mesures prises par Israël envers certains journaux palestiniens[10]). Néanmoins, pour beaucoup, le doute est toujours omniprésent, car RSF ne s’est toujours pas prononcée sur les prêts non-remboursables qu’elle continue de percevoir de la part d’institutions américaines (comme la Central Intelligence Agency ou la National Endowment for Democracy). C’est d’ailleurs ce flou financier qui incitera l’UNESCO, par deux fois, et à la demande de pays membres, à rejeter la candidature de Reporters sans frontières face à la demande de partenariat de l’ONG[11].

Défenseur des Droits et Libertés de la personne, Reporters sans frontières est une ONG militante qui dénonce la censure et la condamnation de journalistes. Mais sa fonction n’est pas limitée à la dénonciation, car cette Organisation fait aussi usage de sa neutralité afin d’émettre une pression internationale sur les États ayant emprisonné des hommes ou femmes de la presse, dans le but de les faire libérer. Cependant cette neutralité est questionnée, car l’ONG n’a pas fait la lumière sur les versements de fonds constants de la part d’institutions américaines, et  si elle avait un parti pris, cela banaliserait le fondement même de sa mission. Néanmoins,  son omniprésence sur le globe et son enquête de classement mondial de la liberté de presse participent à la conscientisation de cet enjeu qui pose problème depuis la Renaissance. Ici, à Sherbrooke (Québec), une mère et ses trois enfants attendent encore leur bien aimé, le blogueur saoudien Raif Badawi, qui a été condamné, en 2012, à 1000 coups de fouets et dix ans d’emprisonnement après avoir critiqué le modèle islamique de son pays. Reporters sans frontières tente de le libérer depuis sa sentence, mais le gouvernement saoudien semble être intouchable ; l’ONG garde pourtant toujours espoir.

 

Par Jacob Assaraf, Benjamin Booth et Gregoire Wittevrongel-Prat
Étudiants en sciences humaines au Collège Jean-de-Brébeuf

 

Bibliographie

AFP, « Raif Badawi: 10 ans de prison et 1000 coups de fouet pour un ‘jour du libéralisme’ », dans LaPresse, Canada, 2015, consulté en ligne, http://www.lapresse.ca/international/moyen-orient/201510/29/01-4915149-raif-badawi-10-ans-de-prison-et-1000-coups-de-fouet-pour-un-jour-du-liberalisme.php.

ALLARD, Jean-Guy, « L’UNESCO exclut Reporters Sans Frontières », dans Le GrandSoir, France, 2012, consulté en ligne, http://www.legrandsoir.info/l-unesco-exclut-reporters-sans-frontieres-affiliee-a-la-cia-pour-ses-methodes-de-travail-controversees-rebelion.html.

BARAHONA, Diana, « Le financement de Reporters sans frontières par la NED/CIA », dans Voltairenet.org, [s.l], 2006, consulté en ligne, http://www.voltairenet.org/article142884.html.

FOUCHÉ, Gwaladys, « Sami al-Haj : I lived inside Guantanamo as a journalist », dans The Guardian, Oslo, 2009, consulté en ligne, http://www.theguardian.com/media/2009/jul/17/sami-al-haj-al-jazeera-guantanamo-bay-journalist.

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[s.a], « En savoir plus sur RSF », dans Reporters sans frontières, France, 2016, consulté en ligne,  https://rsf.org/fr/nos-soutiens.

 

 

[1] [s.a], « campaign 2015 », dans Reporters sans frontières, France, 2015, consulté en ligne, http://campaign2015.rsf.org/fr/#home/.

[2] [s.a], « Reporters Without Borders », dans Encyclopaedia Britannica, [s.l], 2016, consulté en ligne, http://www.britannica.com/topic/Reporters-Without-Borders.

[3] Gwaladys Fouché, « Sami al-Haj : I lived inside Guantanamo as a journalist », dans The Guardian, Oslo, 2009, consulté en ligne, http://www.theguardian.com/media/2009/jul/17/sami-al-haj-al-jazeera-guantanamo-bay-journalist.

[4] Il est à noter que cette liste ne tient compte que de 180 pays, n’incluant pas des États comme la Chine, la Corée du Nord, ou encore la Somalie.

[5] [s.a], « La Turquie, ennemi d’internet? », dans Reporters sans frontières, France, 2014, consulté en ligne, https://rsf.org/fr/actualites/la-turquie-ennemie-dinternet.

[6] Ce type de récompense est attribué au gré de l’Organisation et peut concerner aussi bien un bloggeur expatrié qu’une chaine de média étrangère.

[7] [s.a], « En savoir plus sur RSF », dans Reporters sans frontières, France, 2016, consulté en ligne,  https://rsf.org/fr/nos-soutiens.

[8] Particulièrement en 2006-07, suite à la parution de sont rapport financier de 2006.

[9] Diana Barahona, « Le financement de Reporters sans frontières par la NED/CIA », dans Voltairenet.org, [s.l], 2006, consulté en ligne, http://www.voltairenet.org/article142884.html.

[10] Le soutient apporté au dissident américain ainsi que les sanctions proposées à l’encontre de l’allié américain tendent à invalider la théorie du préconçu de Reporters sans frontières.

[11] Jean-Guy, Allard, « L’UNESCO exclut Reporters Sans Frontières », dans Le GrandSoir, France, 2012, consulté en ligne, http://www.legrandsoir.info/l-unesco-exclut-reporters-sans-frontieres-affiliee-a-la-cia-pour-ses-methodes-de-travail-controversees-rebelion.html.

[12] AFP, « Raif Badawi: 10 ans de prison et 1000 coups de fouet pour un ‘jour du libéralisme’ », dans LaPresse, Canada, 2015, consulté en ligne, http://www.lapresse.ca/international/moyen-orient/201510/29/01-4915149-raif-badawi-10-ans-de-prison-et-1000-coups-de-fouet-pour-un-jour-du-liberalisme.php.

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