Trump et son effet sur les Milléniaux

Le couperet est donc tombé à midi, le 20 janvier : Donald J. Trump est devenu le 45e président américain. Tantôt raciste, tantôt sexiste, isolationniste ou encore populiste, Trump n’a pas fini de nous étonner.  Mais à l’opposé de tous ces côtés sombres, l’élection de Trump aura eu un effet bénéfique, soit le véritable réveil d’une génération toute entière, les Milléniaux. Ces derniers, dont le nom provient du mot anglais Millennials, sont appelés ainsi en raison de leur année de naissance, soit de 1982 à 2004. On les présente donc comme la génération votante la plus jeune, la plus informée en raison de la démocratisation d’internet, mais surtout la moins impliquée politiquement.

Participation électorale de la population américaine, décrite sous forme de graphique, depuis 1965.
Données de la Brookings Institutions.

Ce dernier constat est certainement le plus facile à faire. L’institut Brookings nous en faisait justement mention puisqu’environ seulement 50% des 18-29 ans se sont rendus voter lors de la dernière élection. C’est plus qu’en 2012, mais nettement moins élevé que les autres groupes d’âge. Et ce résultat s’inscrit en continuité par rapport aux élections précédentes, comme en fait foi le graphique ci-haut. Considérant les enjeux cruciaux de cette élection, le parti démocrate misait beaucoup sur les jeunes adultes pour paver la voie de Mme Clinton vers la Maison Blanche. Reste qu’au sein des Milléniaux, le niveau de confiance envers le parti oscille entre 23% et 46%, dépendamment de la communauté ethnique concernée. On peut donc conclure que les jeunes électeurs aux urnes se sont faits trop rares, alors que Mme Clinton avait besoin d’eux pour gagner l’élection.  

Néanmoins, une fois la date électorale passée, la grande question demeurait : quelle serait la réaction de ces jeunes dans un contexte post-électoral mouvementé? Ainsi, on remarque une mobilisation populaire soudaine au sein de ce groupe d’âge, comme si la plus récente élection avait eu l’effet d’une gifle. Étant nous-mêmes membres de cette génération, on peut deviner les motifs et ambitions de ces jeunes bien souvent critiqués. Sans tomber dans les généralisations, il est d’office de constater que nos pairs ont une vision plutôt cynique de la politique et un manque d’intérêt à l’égard de celle-ci. Comme si la démocratie était importante, mais que quelqu’un d’autre allait en prendre soin. Toutefois, depuis la campagne électorale de Trump, et bien sûr depuis son élection, un sentiment d’activisme a commencé à croitre. Un sentiment qui s’explique par le fait que, pour la première fois, les intérêts collectifs à la base de notre démocratie sont en péril – on a qu’à penser à la récente interdiction de Trump envers la presse de participer à certaines conférences médiatiques – et qu’il est temps pour les Milléniaux de prendre part à la chose politique.

Pensons tout d’abord à ces nombreuses manifestations dans les universités et collèges. Bien qu’historiquement cela n’est rien d’anormal, – ces institutions ont toujours été des lieux d’idéologie libérale où la mobilisation étudiante est présente – il y a eu une augmentation de 2.9% par rapport à l’an dernier quant au nombre d’étudiants qui songent fortement faire partie d’une manifestation pendant leur passage à l’université. Pour les étudiants afro-américains, c’est une augmentation de 5.5%. Il s’agit là de l’augmentation la plus importante depuis les débuts de cette étude, en 1969. L’année 1969 fait référence à la première passation de ce questionnaire, lors de la loterie « aléatoire »1 pour déterminer ceux qui seraient envoyés en guerre au Vietnam. Aussi invraisemblable cela puisse-t-il paraître, l’engouement pour les jeunes envers la politique est plus grand aujourd’hui en réaction à Trump que lors de la guerre du Vietnam…

L’institut politique de Harvard a lui aussi conduit un sondage. Celui-ci note que seulement 25% des Milléniaux se sentent plus motivés à s’impliquer politiquement après l’élection de Donald Trump, et que 42% adhèrent au statu quo en termes d’implication. Par contre, il y a eu une hausse dans l’attrait pour l’engagement militaire. 60% des Milléniaux veulent maintenant faire partie d’un programme de service national pour aider la nation. Ces statistiques sont un très bon indicateur du sentiment général des jeunes à l’égard des enjeux nationaux. On en conclut que ceux-ci sont résolument prêts à s’engager, mais demeurent méfiants des institutions démocratiques. Le support donné à Bernie Sanders est un bon exemple d’implication de la jeunesse, si, bien sûr, ceux-ci ont confiance en leur leader.

Finalement, sur une échelle bien plus locale, mais qui illustre quand même une réalité à l’échelle nationale, des journalistes de la ville de Philadelphie ont observé la popularité d’un petit organisme local qui enseigne à des jeunes les rudiments pour se lancer en politique. Avant l’élection, seulement quelque 30 courageux s’étaient présentés. Aujourd’hui, on en compte plus de 600. Cette augmentation soudaine est principalement attribuable au fait que la Pennsylvanie, État habituellement démocrate, est passée aux mains des Républicains en 2016 et que cet État a notamment permis à Donald Trump de l’emporter.

En conclusion, les milléniaux représentent la génération la plus nombreuse, un élément qui pourrait complètement changer la donne sur la scène politique américaine. L’élection de 2016 a fait entrer dans le portait électoral bien des gens, soudainement motivés à aller voter par la présence de Donald Trump. Mais qui sait, 2020 pourrait-elle être l’année des jeunes ? À voir les récentes initiatives citoyennes menées par ceux-ci, tout porte à croire que la voix de la jeunesse pourrait bien se faire entendre. Reste simplement à voir si la récente mobilisation constitue maintenant la nouvelle règle, ou simplement l’exception à celle-ci.

Jérôme Coderre et William Daigle
Étudiants au baccalauréat international au Collège Jean-de-Brébeuf

 

 

 

Bibliographie :

[s.a], « CLINTON IN COMMANDING LEAD OVER TRUMP AMONG YOUNG VOTERS, HARVARD YOUTH POLL FINDS », dans Harvard IOP, consulté en ligne le 27 février 2017, http://iop.harvard.edu/youth-poll/harvard-iop-spring-2016-poll

[s.a], « College students’ commitment to activism, political and civic engagement reach all-time highs », dans UC LA Newsroom, consulté en ligne le 27 février 2017, http://newsroom.ucla.edu/releases/college-students-commitment-to-activism-political-and-civic-engagement-reach-all-time-highs

[s.a], « Donald Trump doesn’t speak for African Americans », MSNBC, en format vidéo, consulté en ligne le 27 février 2017, http://www.msnbc.com/msnbc-originals/watch/-trump-doesn-t-speak-for-african-americans-727403075653

Clara Hendrickson et William A. Galtson, « How Millennials voted this election », dans Brookings, consulté en ligne le 27 février 2017, https://www.brookings.edu/blog/fixgov/2016/11/21/how-millennials-voted/

Derek Thompson, « The Liberal Millennial Revolution », The Atlantic, consulté en ligne le 27 février 2017, https://www.theatlantic.com/politics/archive/2016/02/the-liberal-millennial-revolution/470826/

Holly Otterbein, « How Trump’s Election May Have Changed the Future of Philly Politics », dans PhillyMag, consulté en ligne le 27 février 2017, http://www.phillymag.com/news/2017/02/25/trump-millennials-philadelphia-politics/

 

1 La loterie de 1969 est sujette à de nombreuses critiques, en raison de plusieurs bévues statistiques.

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